Le dossier du marché d’armement de 45 milliards de francs CFA passé sous l’ancien régime du président Macky Sall rebondit par de nouveaux développements. Selon le quotidien sénégalais Libération du mercredi 13 mai 2026, l’hommes d’affaires nigérien Aboubacar Hima Massi alias « Petit Boubé » fait désormais l’objet d’un mandat international émis par la justice sénégalaise. Il est en effet considéré comme un bénéficiaire effectif présumé dudit marché d’acquisition d’armes à travers une société-écran dont il est le propriétaire.
Sur cette même affaire, deux personnes citées dans la procédure lancée par les nouvelles autorités après avril 2024 ont été inculpées et placées sous mandat de dépôt par le juge du troisième cabinet financier. Le parquet du Pool judiciaire financier (PJF) avait donné suite à une plainte de l’Agent judiciaire de l’Etat (AJE) en ouvrant une information judiciaire, précise notre confrère.
En aout 2025, la Division des investigations criminelles (DIC, police judiciaire) avait déjà mis aux arrêts trois individus considérées comme parties-prenantes aux transactions potentiellement criminelles qui ont abouti à la signature du contrat dudit marché en début d’année 2022.
HAUTE COUR DE JUSTICE
Sur un autre volet, la Haute cour de justice (HCJ) est entrée en action dans cette affaire qui implique également deux anciens ministres. Selon la législation sénégalaise, seule la HCJ de la République est compétente pour juger des membres du gouvernement pour des fautes liées à l’exercice de leurs fonctions.
Classé « secret défense », le contrat avait été signé par deux officiels du gouvernement sénégalais en 2022 : Abdou Karim Sall, ministre de l’Environnement et du Développement durable (MEDD) et Abdoulaye Daouda Diallo, ministre des Finances et du Budget (MFB), tous deux très proches de l’ancien président Macky Sall.
Officiellement, le stock d’armement devait être constitué d’armes (fusils d’assaut, pistolets semi-automatiques, etc.) et de munitions diverses pour les agents servant dans le giron de l’environnement et confrontés à des groupes criminels divers…
Ledit contrat, dévoilé par des journalistes du consortium Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), met en scène une société locale dénommée Lavie Commercial Brokers qui a la particularité d’avoir été créée deux mois avant la transaction. Elle appartient à ‘’Petit Boubé’’. Mais c’est l’Israélien David Benzaquen, ancien employé du marchand d’armes israélien Gaby Peretz, qui a apposé sa signature pour le compte de l’entreprise de ‘’Petit Boubé’’, souligne l’enquête de OCCRP susmentionnée.
Les journalistes d’investigations Moussa Aksar (Niger), Momar Dieng (Sénégal) avaient contribué aux enquêtes avec la coordination de la journaliste franco-tunisienne Arwa Barkallah.
SECRET-DEFENSE
C’est en partie grâce aux perquisitions effectuées au siège de la société TSI (Technologie service international) au quartier Fann-Résidence à Dakar que l’enquête des autorités judiciaires sénégalaises a connu ces rebondissements. Dans son édition du 22 août 2025, Libération révélait que le concierge interrogé par les policiers de la DIC leur avait indiqué que Petit Boubé avait quitté les lieux le lendemain de l’élection présidentielle de mars 2024.
Tenue le 24 mars 2024, la présidentielle sénégalaise avait consacré la victoire écrasante de Bassirou Diomaye Faye sur le candidat du régime sortant, en l’occurrence Amadou Ba, le poulain d’alors de Macky Sall.
Les transactions d’Aboubacar Hima étaient aussi sous haute surveillance de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) du Sénégal. Citant la Centif, Libération avait rapporté que le businessman nigérien « (…) avait ouvert au Sénégal, dans une banque de la place, deux comptes au nom de ses sociétés Tsi et Eurocockpit. »
En amont, Lavie commercial brokers Suarl et Eurocockpit « avaient fait un virement de 3.090.000.000 de francs CFA à Tsi. Ces fonds avaient été ensuite transférés par virement, par retraits et par transferts en devises vers l’étranger. Le 27 février 2023, des mises à disposition de 85 et 150 millions de francs CFA avaient été effectués au profit des nommés D.A. A Jacques et A. Loum permettant à ces derniers de retirer les sommes en espèces. Le lendemain, Loum a encore bénéficié d’une mise à disposition de fonds d’un montant de 185 millions de francs CFA retiré en espèces. Toutes ces opérations n’ont pas été justifiées, selon la CENTIF. Une cascade de retraits et de virements tous azimuts assimilés à de potentiels pots de vin, commissions et/ou rétrocommissions au profit des parties prenantes au trafic présumé.
TRANSFERTS ET RETRO-COMMISSIONS
Ultra présent dans le deal, Petit Boubé « (…) avait retiré lui‐même des chèques pour un montant global de 565.500.000 de francs CFA », indique Libération.
Ensuite, « plusieurs transferts ont été émis vers l’étranger soit disant pour l’exécution du contrat classé «Secret défense ». Pour justifier ces opérations, Hima avait déclaré que les fonds seraient destinés au dédouanement des conteneurs pour le compte du ministère de l’Environnement. Vérification faite par la CENTIF, ces déclarations étaient fausses, rapporte le journal. Et curieusement, les opérations avaient été réalisés après que Petit Boubé, qui prétendait «préfinancer» le marché d’armement, avait reçu une «avance» de 34 milliards de Fcfa. »
LE SCANDALE MDN AU NIGER
Au Niger, Aboubacar Hima est également cité dans une enquête retentissante réalisée en 2021 par le journaliste d'investigation Moussa Aksar. Dans les résultats de ses recherches, notre confrère fait état de nombreuses malversations dans un marché d’achat d’armes du Ministère de la Défense du Niger (MDN) et portant sur la bagatelle de plus 71 milliards de francs CFA. Après la publication de l’article, Aksar a reçu plusieurs messages de menaces de mort consultées à l’époque par IMPACT.SN. Entendu une douzaine de fois par le juge en charge de l’affaire, le directeur de l’Evénement du Niger a vu toutes ses plaintes contre Petit Boubé classées sans suite.
Si sa proximité avec l’ex président Issoufou Mahamadou a pu servir de couverture politique à Aboubacar Hima, les changements politiques intervenus depuis le coup d’Etat de juillet 2023 contre Mohamed Bazoum restent une menace contre sa personne, et des poursuites restent toujours possibles.
Dans ses révélations, Moussa Aksar souligne que le MDN-Gate implique à la fois des fournisseurs civils et une douzaine d’officiers de l’armée nigérienne. Selon des informations que nous n’avons pas pu confirmer par ailleurs, des juges des Etats-Unis d’Amérique seraient en train d’éplucher les pages du dossier, notamment en raison de l’utilisation du dollar américain dans les transactions bancaires qui ont été effectuées entre les protagonistes.
Momar DIENG







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